CRIAVS-CENTRE
Centre Ressources pour les Intervenants auprès des Auteurs de Violences Sexuelles

Conférence en vidéo: L.Nayak

Lucie NAYAK

Ssociologue, Université Paris Ouest (Laboratoire Sophiapol-Lasco) et Université de Genève

Conférence CRIAVS 04 Avril 2014, Salle 121 les Halles Tours

Enregistrement diffusé avec l'aimable autorisation de l'auteur, dont les propos constituent la propriété intellectuelle.

Evolution du traitement social de la sexualité des personnes désignées comme « handicapées mentales » à l’ère de la « santé sexuelle »

En 1983, Alain Giami et son équipe mettaient en évidence deux représentations de la sexualité des personnes désignées comme « handicapées mentales » chez les parents et les éducateurs, celle de l’« ange » asexué et celle de la « bête » à la sexualité irrépressible et dangereuse, relevant davantage de la nature que de la culture. En termes de pratiques, ces représentations débouchaient sur l’interdiction et la répression de la sexualité des personnes considérées comme « handicapées mentales » [Giami et al., 1983].

Si ce modèle est toujours observable 30 ans plus tard, l’enquête qualitative que j’ai récemment menée auprès d’éducateurs et de parents montre qu’il tend désormais à s’estomper au profit d’une autre représentation, celle de la « personne ». Celle-ci se donne notamment à voir dans les expressions « personnes handicapées mentales » et « personnes en situation de handicap mental », qui visent à distinguer la personne de son handicap, celui-ci n’étant plus envisagé comme une caractéristique de l’individu mais comme le résultat de la rencontre entre la « déficience » prêtée aux personnes ainsi désignées et les obstacles de l’environnement dans lequel elles évoluent. A l’ère de la « santé sexuelle » [OMS, 1975 puis 2002], alors que les personnes « valides » ou « handicapées » se voient moralement reconnaître un « droit » à la sexualité, la représentation de la « personne » entraîne l’encouragement progressif de la sexualité des personnes désignées comme « handicapées mentales » dans une perspective de santé.

Mais parallèlement à ces pratiques de normalisation subsistent des pratiques d’a-normalisation, car si elles sont désormais reconnues en tant que personnes, les personnes « handicapées mentales » restent toujours marquées par la « différence » qui leur est prêtée, une différence à laquelle les dits « valides » refusent de s’identifier et qui les conduit à les maintenir aujourd’hui encore dans une « altérité fondamentale » [Giami et al., 1983]. Ainsi, parents et éducateurs se retrouvent pris dans une situation angoissante de paradoxe [Barillet-Lepley, 2001] entre la « personne » son « handicap », entre « normalité » et « anormalité ». Paradoxe qu’ils tentent de résoudre pour maintenir la possibilité d’une collaboration dans l’accompagnement de la sexualité des personnes considérées comme « handicapées mentales ».

Cette conférence se propose de présenter une typologie des positionnements institutionnels et parentaux vis-à-vis de la sexualité des personnes désignées comme « handicapées mentales », qui se dessine lorsque l’on croise l’axe des représentations (modèle de l’ange et de la bête / modèle de la personne) et l’axe des pratiques éducatives (normalisation / a-normalisation).

  

Bibliographie en PJ: Sélection indicative

BARILLET-LEPLEY, Maryline, 2001, Sexualité et handicap : le paradoxe des modèles. D’Alter à Alius, du statut d’adulte au statut d’handicapé, Paris, L’Harmattan

GIAMI, Alain, HUMBERT, Chantal, LAVAL, Dominique, 1983, L’Ange et la bête, représentations de la sexualité des handicapés mentaux par les parents et les éducateurs, Paris, Les publications du CTNERHI

WORLD HEALTH ORGANIZATION, Defining Sexual Health. Report of a Technical Consultation on Sexual Health 28-31 January 2002, Geneva, 2006

Dernière modification le vendredi, 04 mars 2016 11:18