CRIAVS-CENTRE
Centre Ressources pour les Intervenants auprès des Auteurs de Violences Sexuelles

Une loi différente pour les femmes et les hommes en matière de viol ?

Éditorial par André Grépillat. Psychologue clinicien. Thérapeute familial.

Responsable adjoint de la délégation de Grenoble du CRIAVS-Rhône-Alpes

  

En mai dernier, nous apprenions par la presse régionale qu’une femme avait été condamnée à cinq ans d’emprisonnement pour avoir eu, à deux reprises, une relation sexuelle complète avec son fils. Revenons sur les faits, du moins tels qu’ils nous sont rapportés, entre autres, par un journaliste de la région de Belfort-Montbéliard. Dans un contexte familial décrit comme relevant d’une grande misère sociale, la mère d’un jeune garçon aurait eu avec lui, alors qu’il avait environ huit ans, des relations sexuelles allant « jusqu’à la pénétration », est-il écrit dans l’article. Notons que cette femme n’a pas reconnu les faits et que, même si la Justice l’a condamnée, nous devons nous imposer la prudence dans no s commentaires.

Pour la victime, qui arrive bientôt à la majorité civile, on ne peut évidemment pas se poser la question d’un consentement de sa part pour la relation en question, puisque la loi invalide cette possibilité dans une relation sexuelle entre un mineur et un adulte. Ce n’est donc pas l’idée d’un éventuel consentement qui peut expliquer le fait que cette affaire n’ait pas été jugée comme un viol, donc en tant que crime.

Ce qui nous interroge ici, c’est le commentaire du journaliste qui, après avoir cité le Procureur chargé de l’affaire disant que ces faits relèveraient de la Cour d’Assises, nous dit « qu’en droit français, une femme ne peut pas être auteure de viol ». Si nous revenons sur la définition actuelle du viol tel qu’il est décrit par le code pénal français, il est question de « tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui… ». Pour parler crûment, dans l’histoire qui nous occupe, il n’est pas question de pénétration par la mère du corps de son fils et, par conséquent, il n’y aurait donc pas de viol commis sur l’enfant.

Nous serions alors en face d’un vide juridique : le législateur n’aurait pas imaginé qu’une femme puisse agir comme le font certains hommes. Cette hypothèse explicative nous parait hautement probable et en adéquation avec les représentations sociales encore dominantes dans notre société. Par exemple, dans les cas de violences intra-familiales, notamment sexuelles, commises par un homme (père ou beau-père, fratrie, autres membres de la famille) sur un ou plusieurs enfants, rarissimes sont les situations où la mère est également inquiétée au cours de l’enquête, que ce soit pour complicité active ou défaut de protection vis-à-vis des victimes (qu’il soit bien entendu que je ne plaide pas pour une condamnation systématique de deux parents, chaque cas est et reste particulier ; mais la question se pose à mon sens, dans certaines situations, d’une injonction de soin pour la famille). Citons aussi, autre exemple parmi tant d’autres du poids de ces représentations, le fait que lors d’une précédente journée d’étude que nous avions organisée sur le thème des « Violences sexuelles au féminin1 », un groupe de manifestants « féministes » avait tenté de forcer l’entrée de l’amphithéâtre pour y distribuer des tracts de protestation en pensant sans doute que nous allions écorner l’image de la femme qui serait pour eux toute bonté et générosité.

Pour autant, faut-il espérer du législateur qu’il prenne ces faits en considération pour redéfinir la notion de viol ? Peut-être bien. Mais en attendant, il nous aurait paru possible de prendre toute la mesure de la formulation actuelle du code pénal «…acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit… » pour y inclure un acte tel que celui dont il est question ici et de renvoyer l’auteure devant une Cour d’Assises.

Notre étonnement reste donc entier, pas seulement par rapport aux propos de ce journaliste. Peut-être la reconnaissance du caractère illicite de cet acte sera-t-elle néanmoins suffisante pour la victime dans son travail de reconstruction psychique.

 Lettre d´information du CRIAVS Rhône-Alpes N°49 - Septembre 2014

1 Actes de la journée d´étude du CRIAVS Rhône-Alpes, Grenoble, 2012, 117 p. - disponible en prêt au centre de documentation - Sommaire en ligne ici

Publié dans Pages d'actualité

En Asie-Pacifique, un quart des hommes ont déjà commis un viol

Le Monde.fr avec AFP | 10.09.2013 à 13h38 • Mis à jour le 10.09.2013 à 13h39

C'est un constat plus qu'alarmant qui ressort d'une grande enquête de l'ONU dans la région Asie-Pacifique publiée mardi 10 septembre dans la revue britannique The Lancet.

Selon cette étude, qui s'appuie sur les témoignages de plus de 10 000 hommes de 18 à 49 ans interrogés sous couvert de l'anonymat dans six pays (Bangladesh, Cambodge, Chine, Indonésie, Papouasie-Nouvelle-Guinée et Sri Lanka), près d'un quart d'entre eux (24 %) reconnaissent avoir déjà commis un viol.

La publication de cette étude, dont l'originalité est d'avoir recueilli la parole des agresseurs, intervient alors que les violeurs présumés d'une étudiante à New Delhi, dont la mort avait fait la "une" de la presse internationale, viennent d'être reconnus coupables. 

Les enquêteurs de l'ONU n'ont pas demandé frontalement aux 10 000 hommes interrogés s'ils avaient violé mais s'ils avaient déjà "forcé une femme qui n'était pas leur épouse ou petite amie à avoir des relations sexuelles" ou s'ils avaient eu des relations avec une femme trop ivre ou droguée pour dire si elle était consentante. A cette question, ils sont 11 % en moyenne à avoir répondu par l'affirmative, et cette proportion monte à près d'un quart (24 %) lorsqu'on inclut les viols de sa partenaire, de son épouse ou de sa petite amie.

LA MOITIÉ DES VIOLEURS ADOLESCENTS

L'ONU souligne les grandes différences de résultats d'une zone à l'autre, avec des résultats allant de 9,5 % dans les zones urbaines au Bangladesh à 62 % dans l'île de Bougainville en Papouasie-Nouvelle-Guinée, pays qui affiche un des taux de violences envers les femmes les plus élevés au monde.

"Seuls" 45 % des hommes interrogés disent avoir récidivé dans le viol. Interrogés sur leurs motivations, 59 % disent avoir commis cette agression pour se distraire et plus d'un tiers (38 %) pour punir leur victime. Chiffre particulièrement inquiétant, parmi les hommes ayant reconnu avoir déjà violé, la moitié étaient adolescents au moment des faits, 12 % ayant même moins de 15 ans.

La plupart ont précisé n'avoir fait l'objet d'aucune poursuite judiciaire après avoir violé, ce qui a conduit Roberta Clarke, en charge de la question des femmes pour les Nations unies dans la région, à déclarer lors de la présentation de l'étude qu'il faut "changer la culture qui permet aux hommes de décréter qu'ils ont le pouvoir et le contrôle des femmes". Les auteurs de l'étude insistent sur le fait que cette pratique du viol peut être enrayée, avec des changements comme une meilleure prise en charge des victimes et de réelles poursuites contre leurs agresseurs.

Les résultats de l'étude par zone

Le pourcentage d'hommes reconnaissant avoir déjà commis un viol varie fortement selon les régions étudiées par l'ONU :

Ile de Bougainville en Papouasie-Nouvelle-Guinée : 62 %

Papouasie : 48,6 %

Indonésie (zones urbaines) : 26,2 %

Chine (zones urbaines et rurales) : 22,2 %

Cambodge : 20,4 %

Indonésie (zones rurales) : 19,5 %

Sri Lanka : 14,5 %

Bangladesh (zones rurales) : 14,1 %

Bangladesh (zones urbaines) : 9,5 %

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jeudi, 18 avril 2013 08:50

Références Avril 2013

Aperçu du contenu:

Violences sexuelles

Défis et dénis autour de l'évaluation de la dangerosité

Psychiatrie

  • Autour de l'entretien d'accueil
jeudi, 11 avril 2013 09:00

Dossier: le traumatisme du viol

Un dossier proposé par la revue santé mentale n°176 Mars 2013

Le traumatisme du viol

Phénomène d’emprise massif, le viol reste encore insuffisamment pris en charge. La loi du silence et le déni prévalent, condamnant les victimes à des souffrances répétées. Pourtant, des avancées dans la connaissance des conséquences psychotraumatiques du viol et de leurs mécanismes neurobiologiques ont favorisé l’émergence de soins spécialisés, centrés sur la mémoire traumatique. État des lieux et pratiques de soins tout au long du parcours de la victime.

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